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Comment Carrefour veut favoriser les achats impulsifs… à domicile

Comment Carrefour veut favoriser les achats impulsifs… à domicile

Intervention de Rodolphe Bonnasse dans Challenges Soir le 9 février 2016.

Après Amazon, Auchan et Intermarché, c’est au tour de Carrefour de lancer sa scanette, Pikit. Cet objet connecté permet de scanner chez soi des produits pour les ajouter à sa liste de courses drive. Pour laisser libre cours à ses envies…

« C’est révolutionnaire! » Yaron Amar, directeur du e-commerce alimentaire chez Carrefour France n’y va pas de main morte pour présenter son dernier né : Pikit. Dévoilé mardi 9 février, cet objet connecté ressemble à la scanette utilisée par les employés en caisse, dans les supermarchés Carrefour. À ceci près qu’il a vocation à être utilisé par les particuliers, à domicile! Aimanté sur le réfrigérateur ou suspendu à une attache, utilisable avec des mains propres ou sales, par les plus grands ou les plus petits, il permet d’ajouter instantanément des produits sur sa liste de courses drive. Pour cela, il suffit soit de scanner leur code barre, soit de les dicter. Immédiatement, le paquet de beurre scanné ou la boîte de thé énoncée apparaît dans le panier virtuel. Le mécanisme? Un objet connecté par wifi avec le smartphone ou la tablette du client, où apparaît son compte drive. Conçu par les équipes de Carrefour et fabriqué par l’entreprise bretonne Eloane, Pikit est rechargeable par un port USB et dispose d’une large autonomie.

70% de temps gagné « Les clients gagnent 60 à 70% de temps alloué d’habitude au drive », se réjouit Yaron Amar, qui rappelle que selon une étude récente de Nielsen, un foyer français sur quatre a déjà utilisé le drive, ce système qui permet de commander ses courses en ligne avant de les récupérer en magasin.

Pikit, cependant, n’est compatible qu’avec les drives Carrefour, soit 550 points de vente au total. Pour le lancement, seuls trente magasins sont équipés, dans les régions Ile-de-France, PACA et Auvergne-Rhône-Alpes. Après une première vague de tests auprès d’une cinquantaine de collaborateurs Carrefour, une centaine de clients ont testé le service. D’ici la fin de l’année, il sera étendu également à Ooshop, la plateforme de commerce alimentaire de Carrefour qui permet, elle, de se faire livrer à domicile. « Nous mettons beaucoup d’espoir dans le succès de Pikit », assure Yaron Amar, sans annoncer d’objectif. En parlant de chiffre, combien coûte ce gadget? 29,90 euros.

Avant Pikit, il y a eu Hiku, 29,90 euros pour un objet connecté lancé par un distributeur… l’histoire semble familière. Eh oui, il y a quasiment un an, en mars 2015, c’était Chronodrive (Auchan) qui lançait Hiku pour ce prix-là. Les attributs de ce petit objet connecté, à l’allure de galet aimanté? Les mêmes que Pikit! Le service Izy, fourni par Hiku, permet de scanner les produits que l’on souhaite racheter, ou de les dicter. « Auchan continue à préempter l’innovation dans le secteur », soulignait à l’époque Rodolphe Bonnasse, PDG de CA Com, à Challenges.

Carrefour assure pourtant avoir eu l’idée il y a un an et demi, « à un moment où les concurrents n’avaient pas encore lancé leur système ». Il n’empêche, le distributeur s’est fait doubler d’un an par Auchan, mais aussi de quelques jours par Intermarché! Le 29 janvier, ce dernier a annoncé discrètement sur son blog être en train de tester auprès de clients volontaires un nouvel outil nommé API, « une scanette qui pourrait bien changer les courses de nos clients Drive ». Avant ces trois acteurs français de la grande distribution, deux précurseurs avaient déjà conçu un système similaire. En juin 2014, Darty dévoilait un bouton aimanté permettant de contacter instantanément son service client depuis son salon. Deux mois plus tôt, c’est Amazon qui lançait sa télécommande Dash, aux fonctions proches de Pikit, Hiku ou API, mais pour l’instant indisponible en France.

« Fluidifier le service client ». Carrefour se défend d’offrir le produit le plus abouti du marché, disposant « de solutions techniques exclusives ». Il n’empêche, le test réalisé en présence de Challenges ne s’est pas avéré très concluant, la scanette peinant à reconnaître les produits listés à l’oral. Juste à côté, un autre test mené en parallèle sur un deuxième Pikit semblait cependant plus fructueux. Le but premier des Pikit, Hiku et autres Dash est simple : fidéliser le client en s’invitant dans leur cuisine.
Deuxième objectif : « Nous espérons que les consommateurs oublieront moins de produits dans leur liste de courses », explique Yaron Amar. Avec Pikit, il suffit de scanner son dentifrice arrivé en fin de vie pour penser à en acheter un nouveau. Arnault Gournac, directeur design & innovation de Carrefour France ajoute : « Pikit est un produit, mais surtout un service qui permet de fluidifier le service client. »

En facilitant l’achat en drive, Carrefour espère développer les achats impulsifs à domicile. Reste désormais à voir si les consommateurs seront séduits par ce gadget. Et le cas échéant, s’ils se contenteront d’une seule scanette ou s’ils pousseront la passion du drive jusqu’à collectionner dans leur cuisine un Pikit, un Hiku, une API, une Dash et un bouton Darty!

Claire Bouleau

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